Espaces et lieux

En bref

     Deux types d’espace de l’acte artistique sont considérés : le matériel et l’immatériel. La première perspective étudie la manière dont l’acte artistique se réalise sur la place publique, notamment en contexte urbain, dans le cadre de spectacles, de rituels et même de l’architecture, en ce qu’elle peut rencontrer des principes musicaux de construction. La seconde perspective étudie les changements que les espaces virtuels induisent sur l’acte artistique, de l’enregistrement à la création assistée par ordinateur. Le statut même des œuvres digitales, la question de l’intermédialité et des nouveaux genres artistiques liés au cyberespace sont notamment considérés. Actuellement, quatre champs de recherche sont étudiés et approfondis par plusieurs groupes de travail.

Musique, espace urbain et paysages sonores

     Les projets visent à comprendre l’articulation entre l’acte artistique et les lieux publics, dans une approche diachronique. Les espaces publics, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs, sont ainsi considérés comme lieux de la fabrique du sonore, au sens où les arts constitutifs de la performance entrent en interaction avec l’architecture et l’urbanisme, comme lieux physiques de diffusion du son et symboliques de l’expression d’un pouvoir. Cette mise en contexte de l’acte artistique au sein des paysages sonores est constitutive d’une identité culturelle que l’on peut étudier à différentes époques. Pour appréhender ce champs de recherche, trois thématiques ont été mises en exergue et sont étudiées par plusieurs groupes de travail.

1. Les places publiques antiques comme lieux de production artistique : artisanat et exécution

     Le groupe de travail « Les places publiques antiques comme lieux de production artistique » aborde la thématique des places publiques antiques sous les angles complémentaires :

  • de l’artisanat, en constituant une base de données de vestiges d’instruments de musique antiques ;
  • et de l’exécution, en replaçant les propriétés acoustiques des instruments dans le cadre urbain des cultures antiques.

2. Place et cour comme lieux d'inscription de l'acte artistique dans un espace sonorisé

     Le groupe de travail « Felsina resonans : musiques et spectacles dans la Piazza Maggiore de Bologne / Les sons de Gonzague : musiques et spectacles à la cour mantouenne » aborde cette thématique par l'étude des rapports multiples entre musique et espace urbain de la Renaissance à la fin de l’époque baroque, au prisme des situations des villes d’Italie du Nord que sont Bologne et Mantoue, à la fois complémentaires et antithétiques. D’un côté, la « place » de Bologne est étudiée comme expression du lieu public par antonomase, de l’autre, la « cour » de Mantoue comme représentation architecturale du pouvoir.

3. Musique urbaine et espaces non-urbains

     Le phénomène d’interaction entre espace urbain et paysage sonore peut être confronté à son antithèse, c’est-à-dire une musique urbaine qui se tourne vers les espaces non-urbains. Afin d'illustrer cette antithèse, le groupe de travail « Musique urbaine et espaces non-urbains : le boréalisme » s'est constitué pour étudier plus spécifiquement le cas du boréalisme qui s'immisce intentionnellement ou non dans la chanson islandaise (Björk, Sigur Rós, Kaleo, Ásgeir, Of Monsters And Men...). Le boréalisme, porteur d’un imaginaire du Nord se traduisant par une nature vierge et aride, une utopie d'une relation fusionnelle de l’humain et de la nature, une persistance des croyances païennes, est en principe défini avant tout de manière exogène (à la manière de l'orientalisme, qui imprime des imaginaires développés par l'Occident sur l'Orient), mais est aussi dans ce cas relayé de manière endogène (et ce faisant, l'est-il comme un calque ou de manière actualisée, c'est-à-dire réinvestie, redéfinie de l'intérieur ? cela reste à découvrir).

Musique et intermédialité dans le cyberespace : questions esthétiques, ontologiques, économiques et juridiques

     Les recherches menées par le groupe de travail « Musique et intermédialité dans le cyberespace » portent sur l'examen des conséquences esthétiques, ontologiques, économiques et juridiques du passage de la musique en régime numérique et notamment dans le cyberespace. Il s’agit également d’élargir cette enquête à la question de l’intermédialité (le processus d’hybridation, de convergence ou d’interaction entre médias distincts à l’intérieur de la même œuvre ou du même artefact), et notamment au rapport entre les pratiques musicales et les technologies sonores et visuelles à l’ère du web (de l’opéra au vidéoclip). Trois perspectives d’approfondissement sont mises en exergue :

  • une enquête sur les processus de production ;
  • une enquête sur la manière d’être des entités musicales et audiovisuelles ;
  • une enquête sur les façons dont nous en faisons l’expérience.

     Les principales problématiques abordées sont celles de l’identité (des œuvres et des genres), la place des auditeurs et les nouvelles conduites d’écoute, la diffusion digitale, la question des métadonnées appliquées aux objets sonores et la dimension intermédiale qui sous-tend ces productions.

La résonance des rythmes, entre esthétique, arts plastiques et biologie

     Le groupe de travail « La résonance des rythmes » cherche à explorer, à décrire et à discuter les stratégies d’artistes contemporains qui installent des collaborations avec des acteurs non humains, tels que des bactéries, des insectes ou d’autres animaux. De telles démarches se développent de plus en plus à mesure que la prise de conscience écologique se répand aussi dans le monde de l’art. A travers l’usage et l’articulation de différents médias et langages, il s’agit d’examiner comment l’implication des acteurs non-humains contribue à la structure spatio-temporelle des œuvres. Les stratégies de collaboration avec d’autres vivants que les humains posent la question de la correspondance ou de la dissonance des rythmes humains et des rythmes des autres vivants. L’œuvre est le lieu de cette rencontre des rythmes, et sa structure et son efficacité sont liés à la forme de cette rencontre, son accordage. Cette perspective donne la clé pour analyser les œuvres et saisir leur structure et leur déploiement propre dans une durée par nature imprévisible. Les rythmes des différents vivants dessinent également des formes de spatialité différentes en fonction de leur manière de faire l’expérience du monde. Un questionnement essentiel concerne en effet l’espace dans lequel se déploie l’œuvre (espace humain et non-humain) et la manière dont ces espaces hétérogènes s’articulent les uns avec les autres. 

L’activation artistique

     Dans un article célèbre « L’art en action » (traduction française dans COMETTI Jean-Pierre, MORIZOT Jacques et POUIVET Roger (dir.), Esthétique contemporaine, Paris, Vrin, 2005), Nelson Goodman a introduit la notion d’activation des œuvres d’art. L’important dit-il n’est pas tant ce que les œuvres sont, mais ce qu’elles font. Faire, pour une œuvre, c’est fonctionner symboliquement et esthétiquement dans des espaces et dans des lieux. Mais comment est-il possible aux œuvres de faire voire d’agir ? Quels modes de compréhension et quels usages des œuvres sont requises pour cette activation ? Pour examiner ces questions, il est important d’étudier des pratiques artistiques et des usages esthétiques, mais aussi tout un ensemble d’opérations sans lesquelles les œuvres ne fonctionnent pas – voir n’existent pas comme ce qu’elles sont.

     Ce travail comprend une approche théorique, à la fois ontologique (identité et identification des œuvres d’art) et métaphysique (nature des œuvres d’art, qu’elles soient considérées génériquement ou en fonction d’arts différents, voire de pratiques artistiques diverses). Il comprendra aussi une approche d’application aux différents arts, voire à des œuvres précises. Cette démarche, poursuivie par le groupe de travail « Nelson Goodman et l'activation artistique », vise à un renouvellement de la réflexion en philosophie de l’art, à partir de Nelson Goodman, mais dans une perspective interrogative plutôt qu’exégétique. Comment les œuvres d’art sont-elles actives alors même qu’elles ne sont pas des êtres vivants capables d’action ? – telle est la question fondamentale dont les réponses seront explorées.

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